Politique

20ème Tribune d’Adolphe Muzito : Le programme du Nouvel Elan

I. PROBLEMATIQUE

En perspective de la formation de la grande Coalition de l’Alternance dont l’élaboration du programme commun est engagée et la désignation du candidat commun à la présidentielle est pour bientôt, mon Mouvement, Nouvel Elan et moi-même, amorçons, à travers cette tribune, la diffusion de notre programme de Gouvernement. Cette diffusion se fera à travers 3 tribunes.

Avant cet état de lieux, nous publions la première partie du programme, celle liée à l’état de lieux de la Nation et le diagnostic de Congo-malade. Nous commençons par expliquer la démarche qui va guider notre contribution à l’élaboration du programme de Gouvernement de l’alternance, à la désignation du candidat commun de l’alternance à la présidence de la République et à la mise en place de la Coalition, qui est une condition proprement dite de ce processus.

II. LA COALITION DE L’ALTERNANCE FACE AU FCC

Quelle doit être la nature de la Coalition de l’Opposition ? Quelle sera son identité et quel sera son horizon temporel face au FCC ?

Emmanuel Shadari n’a jamais eu l’ambition de diriger la RDC, il n’a pas non plus de programme parce qu’il n’a jamais eu un projet pour le Congo.

Il n’a pas été choisi par ses pairs pour sa vision du Congo ni pour ses capacités managériales ou compétences de leadership, mais imposé par son chef qui a l’intention de se dédoubler en lui pour continuer à gérer la RDC. Il a été surpris de sa désignation et en a même versé les larmes. Shadari : c’est Kabila bis.

La Coalition de l’Opposition est en train de faire la différence. Celle-ci a l’avantage de disposer du leadership nécessaire. Il s’agit des candidats qui ont exprimé leurs ambitions et qui ont chacun une vision et un programme pour la RDC.

C’est pourquoi, il revient aux leaders de l’Opposition que nous-sommes, de dépasser le simple fait d’être des opposants au régime Kabila, de définir la nature de leur coalition et de son horizon temporel. Ils doivent éventuellement définir l’identité idéologique de ladite Coalition et la doter aussi d’un faisceau des valeurs et d’élaborer son programme sur cette base, pour leur permettre rapidement de procéder à la désignation de leur candidat commun à la présidentielle de 23 décembre 2018 dans le cadre d’un contrat de gouvernance.

Ils doivent donc opérer un choix entre ces deux natures de coalition et leurs horizons temporels correspondants :

  • Une coalition électorale pour gagner ensemble et exercer le pouvoir pendant un quinquennat. Ici, un compromis sur un paquet des réformes entre forces politiques en présence suffit pour faire une coalition et gouverner ensemble. Cela implique la mise en place d’une structure embryonnaire, fait privé, chargée de l’élaboration et du suivi collégial du programme d’action du gouvernement.
  • Une coalition stratégique et idéologique, non seulement pour gagner ensemble et exercer le pouvoir, mais avec perspective d’une fusion à long terme en une plateforme ou un grand regroupement politique autour d’une idéologie à définir et d’un projet de société à construire ensemble.

C’est dans le cadre de ce processus d’auto-qualification que le Mouvement « Nouvel Elan », propose à la Coalition naissante sa contribution suivant la démarche ci-après :

  • dans un premier temps, la diffusion, déjà en cours, de son programme, comme l’ont déjà fait les autres forces politiques de la Coalition, à travers leurs candidats présidents ;
  • dans un deuxième temps, la présentation à la Coalition en formation, de son tableau synthèse et comparatif des différents programmes des candidats ou forces politiques de la Coalition.

Celui-ci relèvera les points de convergence et de divergence ainsi que les apports spécifiques de chaque candidat ou forces politiques. Les divergences et les apports spécifiques seront soumis au débat au sein d’une grande commission à mettre en place, pour harmonisation et intégration au programme commun de Gouvernement.

Il s’en suivra la désignation du candidat Président de la République suivant une règle de jeu à définir, la signature entre parties du contrat de gouvernance et la mise en place de la Coalition.

III. PROGRAMME DU NOUVEL ELAN

Dans le cadre de leur programme, le Nouvel Elan et son Président voient en perspective trois types de Congo proposés au peuple à partir des élections du 23 décembre 2018 :

Le premier Congo est celui de Kabila, de son Dauphin et du FCC : le Congo de l’enfer.

C’est ce Congo qui va nous précipiter dans l’abime au courant des 5 prochaines années, si le régime actuel garde le pouvoir après le 23 décembre 2018. Ça sera le Congo de l’insécurité permanente, de la prolifération des bandes armées, des tueries de masse et des viols à répétition, où les forces de l’ordre continueront à être utilisées pour réprimer les citoyens, mais incapables de les protéger contre les attaques et les violences des ADF-NALU et autres bandits ou occupants armés. C’est le Congo qui continuera à s’isoler diplomatiquement suite à une souveraineté mal assumée.

Il s’agit aussi de ce Congo qui a rompu dès 2012 le programme de coopération avec le Fonds Monétaire International (FMI), réduit la moitié du pouvoir d’achat de la population en optant pour une gestion opaque et en engageant le pays sur des politiques publiques qui ont fait passer le pays de la phase ascendante de sa croissance à une phase de déclin, à partir de 2015. C’est le Congo du FCC, le Congo de chômage de masse et qui envoie sa jeunesse à la délinquance et à la prostitution.

Le deuxième Congo : le Congo du paradis, le Congo de l’illusion, bien sûr souhaitable et correspondant aux attentes des populations, mais irréalisable en 5 ans.

Il s’agit du Congo que tentent de vendre au peuple congolais bon nombre de partis politiques et leurs candidats dans une démarche quelque peu démagogique.

Bien que volontaristes et ambitieux, les programmes de ces derniers affichent des chiffres mirobolants et peu réalistes dans une démarche qui frise le populisme. Il s’agit des chiffres relatifs :

1)   Au budget de l’Etat qui tournent autour de 40 à 100 milliards par an, alors que le PIB du pays se situe aujourd’hui autour de 50 milliards de $, son budget annuel autour de 5 milliards de $;

2)  Au PIB de la RDC qui passerait de 50 à 500 milliards de $ voir à 3.000 milliards de $ en 10 ans voir en 5 ans pour certains.

Le troisième Congo est celui que Nouvel Elan propose. Il s’agit d’un Congo du possible et du réalisable en 5 ans.

C’est le Congo doté d’un Etat efficace qui assure la sécurité des biens et de personnes et exerce l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, le Congo de l’Etat de droit où la loi est au-dessus de tous sans distinction en assurant la sécurité juridique et judiciaire.

Le Congo doté d’infrastructures de communication qui permettra de connecter et de désenclaver les territoires et de développer les productions agricole et les milieux ruraux.

Le Congo qui valorise son potentiel énergétique en vue de relancer son industrie, de diversifier ses sources de croissance et de créer des emplois décents.

Le Congo qui soutient le développement du secteur privé et productif en améliorant le climat des affaires et en menant une lutte sans merci contre les tracasseries policières et administratives et contre la corruption et la concussion.

C’est le Congo de la bonne gouvernance.

Le Congo qui favorise la répartition équitable des richesses et l’accès progressif de tous aux services sociaux de base de qualité : eau, électricité, habitat, cadre de vie, éducation et santé.

Ce Congo dont les objectifs sont accessibles en 5 ans se construira à partir des opportunités du pays, en prenant en compte des contraintes liées à l’héritage que lègue le régime Kabila à la Nation, comme le montre l’état des lieux de la nation dans les pages qui suivent.

Le programme d’action du Nouvel Elan repose sur une vision que nous avons de la RDC. Cette vision part d’un état de lieux ou mieux du diagnostic qui suit.

Cet état de lieux de la situation de la Nation porte sur les différents secteurs de la vie du pays.

Les thérapeutiques globales sectorielles et sociétales que nous proposons reposent sur la situation actuelle et qui prévaut et les causes de ladite situation.

PROGRAMME D’ACTION DU NOUVEL ELAN

PLAN QUINQUINNAL DE CONSTRUCTION ET DE DEVELOPPEMENT DE LA RDC POUR LA PERIODE 2019-2023

1. ETAT DES LIEUX ET DIAGNOSTIC DE LA SITUATION DE LA RDC

Le défi de la nation congolaise 

Le défi de la pauvreté voire de la vulnérabilité des populations des pays sous-développés en général et de la RDC en particulier, tire ses causes dans plusieurs facteurs qui ont entre eux des interactions réciproques.

Cependant, comme nous pouvons le lire dans le tableau n°1 ci-après, le cas de la RDC sort du commun.

Son PIB par tête d’habitant est le plus bas en 2015 pour un pays doté d’énormes ressources naturelles et humaines, soit 500 $US par an par habitant dans l’échantillon ci-après des pays pauvres repris dans le tableau n°1, contre une moyenne africaine au Sud du Sahara de 2.000 $US.

Ceci implique qu’un congolais vit avec 1,40 $US par jour, soit en dessous du seuil de pauvreté récemment défini par les Nations Unies lequel se situe à 1,80 $US, tandis qu’un africain moyen au Sud du Sahara vit avec 3,40 $US par jour.

Tableau n°1 : PIB des quelques pays pauvres dont la RDC en 2015

Source : www.banquemondiale.org

Passer de 500 $US/habitant (avec un PIB total de 40 milliards $US) en 2015 à :

1.200 $US/habitant en 2028, il faut un taux de croissance de 10,35% ; et à

2.000 $US en 2028, il faut un taux de croissance du PIB de 14,76%.

Ainsi donc, le niveau particulièrement faible du PIB ou du revenu par habitant de la RDC traduit la gravité et la spécificité des défis que le pays doit relever comparés à ceux des autres pays pauvres.

Il s’agit des défis ci-après :

  1. Le défi de la pauvreté et du chômage des masses ;
  2. Le défi de la répartition inéquitable des revenus entre les classes sociales ;
  3. Le défi du l’extraversion et d’intégration de l’économie. La forte dépendance de l’économie internationale ;
  4. Le défi lié à la megestion de ses finances publiques et de son système financier et monétaire (Réserves de change, Dépôts et crédits) ;
  5. Le défi des infrastructures ;
  6. Le défi de la compétitivité de son économie (coûts des facteurs, connectivité et conformité) ;
  7. Le défi de la gouvernance ;
  8. Le défi de l’exploitation et de la valorisation de ses ressources naturelles ;
  9. Le défi de nouvelles technologies ;
  10. Le défi énergétique ;
  11. Le défi climatique ;
  12. Le défi de la paix et de la sécurité.

I.1. Etat des lieux du point de vue économique

I.1.1. Faiblesses, défis et opportunités de l’économie congolaise 

a) Le PIB, le budget et la monnaie

  • L’évolution du PIB de la RDC

Tableau n°2 : PIB de la RDC et son évolution

Source : www.bcc.cd/Rapport 2015 et statistiques

Tableau n°3 : L’évolution du taux de croissance

Source : www.bcc.cd/Rapport 2015 et statistiques

  • Le Budget de la RDC et son évolution

Tableau n°4 : Budget de la RDC et son évolution


Source : www.budget.cd et statistiques


Source : www.budget.cd et statistiques

b)  Finances publiques 

L’Etat Congolais, avec un budget de 4 milliards de $ US en recettes propres en 2017, est en faillite, une faillite congénitale, au niveau du Gouvernement central, des provinces, des entités territoriales décentralisées et des entreprises et établissements publics.

Comparée à des pays qui disposent des ressources, l’Angola, le Nigéria et l’Afrique du Sud dont les budgets tournent ou varient entre 50 et 100 milliards de $ US, le gap à rattraper pour la RDC varie aussi entre 46 et 96 milliards de $ US.

De plus, le budget de l’Etat Congolais ne couvre pas la totalité de ses dépenses socialement contraignantes, telles que :

  • Les pensions des retraites des fonctionnaires ;
  • Les rémunérations du personnel enseignant ;
  • Les factures de l’eau et de l’électricité ;
  • Les subsides aux hôpitaux, écoles, universités et divers services et établissements publics.

Et ce, sans parler de la dette intérieurs qui est quasiment oubliée.

La faillite des provinces et entités territoriales décentralisées, en plus de ses causes structurelles liées à la faiblesse de leurs tissus économiques et de leurs infrastructures de base, est aggravée par la trop forte centralisation des ressources publiques par le Gouvernement central du fait de la non rétrocession par lui aux provinces et entités locales des ressources leur alloués par le Parlement.

Et quand bien même que quelques ressources avaient été allouées de manière sporadique aux provinces, ces dernières les utilisaient entièrement au niveau de chef-lieu de province en laissant pour compte les ETD.

Voici quelques faiblesses liées aux finances de la RDC :

  • une faible pression fiscale qui se situe autour de 10% du PIB, due à l’inefficacité des administrations publiques ;
  • une fraude généralisée ;
  • une faible ouverture à la communauté financière internationale ;
  • un niveau de pauvreté caractérisé par un PIB de 1,40 $ US par jour par Congolais, soit 500 $ US par an ;
  • les tailles des budgets faibles et des répartitions disproportionnées des ressources propres entre provinces ;
  • corruption généralisée des agents publics affectés au recouvrement des recettes.

A la faiblesse particulièrement manifeste de ses finances comme pour la majorité des économies des pays pauvres, il s’ajoute pour la RDC le défi d’un Etat failli.

Il s’agit de la faillite de ses finances et de celle de son économie publique.

Avant de parler de la faillite de l’Etat Congolais qui est une réalité structurelle, examinons rapidement la question de la récession que traverse notre économie depuis le début de cette année et de son incidence sur les finances et la monnaie du pays, en partant des origines de ladite récession.
La croissance de notre économie étant très dépendante, en aval, des exportations des produits miniers et pétroliers en général et du cuivre en particulier.
A chaque fois qu’il y a baisse de cours de ces produits, il y a aussi baisse de la production globale, et des recettes d’exportation et des recettes fiscales.
Le recours à la planche à billet par le Gouvernement pour financer son déficit, se présente comme suit :

Tableau n°5 : Situation de Trésorerie de l’Etat
Premier trimestre 2016 (en milliers de FC)

Source : Bcc/Bulletin mensuel d’informations statistiques, Mars 2016

a entraîné la dépréciation de la valeur externe et interne du Franc Congolais et l’utilisation des réserves de change de la BCC, (qui sont passées de 1,7 milliards $US fin 2015 à 1,2 milliards fin Avril 2016), pour contrebalancer la baisse des avoirs extérieurs nets n’a pas stabilisé la monnaie nationale ou ralenti l’emballement des prix.

Nous attirons l’attention sur la distinction à faire entre la qualité d’une économie qui peut être « une économie sous-développée ou riche » et le fait pour elle d’avoir des finances publiques en faillite ou en équilibre.

Ainsi donc, indépendamment de sa qualité de pays pauvre ou riche, un pays peut être à un moment donné de l’histoire en faillite ou en équilibre du point de vue de ses comptes publics.

Le Kenya a une économie faible, il n’empêche que ses finances publiques sont en équilibre, tandis que la Grèce qui est une économie riche, connait ces dernières années, des finances publiques en faillite.

La RDC qui est une économie pauvre et dont l’Etat est en faillite, ne peut donc justifier cette situation par le fait d’être un pays pauvre.

La faillite pour les finances d’un Etat est une panne de carburant ou de moteur pour un véhicule.

Quelles que soient les performances dudit véhicule (Mercedes ou Toyota), la panne n’autorise pas son démarrage et son fonctionnement.

Cette panne peut en outre créer d’autres pannes au véhicule si celui-ci, en dépit de son état, est forcé à rouler par ses usagers.

La faillite du secteur public de l’économie congolaise met en difficulté le secteur privé comme les ménages et crée de nouveaux défis qui à leur tour amplifient ladite faillite.

Elle se manifeste par la faiblesse des finances publiques de l’Etat face à ses obligations à court, à moyen et à long terme.

Elle se mesure par la taille du budget et par la faible capacité du Gouvernement de mobiliser les ressources programmées pour faire face aux différentes dépenses. Elle se traduit aussi par la mauvaise répartition desdites recettes par rapport à un ordre donné de priorités.

Le niveau du budget général du pouvoir central et le taux de mobilisation de ses ressources en 2015

Le budget général de l’Etat congolais en 2015 s’évaluait à 8,000 milliards $US dont 6,300 milliards $US en ressources propres et plus ou moins 1,700 milliards $US en ressources extérieures.

Ce budget non seulement s’est avéré faible par rapport aux besoins de financement de l’Etat Congolais mais aussi a été faiblement mobilisé par rapport au niveau des ressources programmées.

Tableau n°6 : Prévision et réalisation de recettes du budget en 2015 (en millions de $US)


Source : Bcc/Condensé hebdomadaire d’informations statistiques n°07 du 19 février 2016

Comme on le voit, 50% seulement des recettes du budget 2015 ont été mobilisées, dont plus ou moins 70% en ressources propres et 3% en ressources extérieures.

On constate donc la très faible mobilisation des ressources extérieures en 2015 au taux de 3% par le gouvernement qui reflète la perte de confiance des partenaires vis-à-vis de l’Etat Congolais du fait de la rupture du programme de coopération avec le Fonds Monétaire International.

Quant à l’exécution des dépenses, les ressources propres destinées aux investissements et aux provinces sont orientées vers le fonctionnement de l’Etat dont le train de vie ne fait qu’augmenter à travers des dépenses dites urgentes et souvent hors-budget.

L’enveloppe de ces dernières a dépassé les seuils acceptables des dernières années.

  • Les besoins de financement de l’économie

– Besoins à court et moyen terme 

  • les élections « 2016-2017 »: 1,200 milliards de $
  • dette intérieure : 2,000 milliards de $
  • créances des entreprises publiques sur l’Etat : 2,000 milliards de $
  • dettes sociales des entreprises publiques (LAC, SNCC, SCTP, SNEL, REGIDES.) : 1,000 milliards de $
  • arriérés de salaires fonctionnaires EPSP et autres : 0,750 milliards de $
  • caisses sociales pour fonctionnaires : 1,250 milliards de $
  • installation de 21 nouvelles provinces : 0,500 milliards de $
  • recapitalisation de la BCC :1,300 milliards de $

                                       Total : 10,000 milliards de $

– Besoins à long terme

  • Infrastructures économiques de base   : 20,000 milliards de $

          Total  : 20,000 milliards de $

          Total général : 30,000 milliards de $

En outre, le Gouvernement pour l’ensemble du quinquennat « 2012-2016 » avait programmé 48 milliards $ US de ressources budgétaires internes à mobiliser.

A ce jour, sur ce montant représentant la capacité de financement programmé pour le quinquennat moins de 50% ont été mobilisés par le Gouvernement.

Le solde, soit plus de 24 milliards $US représente un manque à percevoir qui n’a pas pu financer la construction des infrastructures minima dont le pays a urgemment besoin et occasionné des arriérés des salaires et autres dettes échues à charge du Trésor public.

c)  Entreprises publiques 

Toutes les entreprises publiques structurantes de la RDC sont en faillite et en déficit d’exploitation, tandis que les éléments actifs immobilisés sont largement amortis, sans que les dotations aux amortissements et aux provisions soient effectivement constituées ces 30 dernières années.

Au stade actuel, elles ne sont pas capables de renouveler leurs outils de production, de mobiliser les financements nécessaires à leur extension et à apurer leur passif.

Elles sont incapables de payer régulièrement leurs salaires sans recourir à l’endettement ni à prendre en charge les pensions de retraite de leurs employés. Elles créent toutes la dette pour fonctionner.

De même, puisque la mise en application de leurs réformes traine, elles ne peuvent espérer bénéficier des apports en capitaux des investisseurs privés étrangers.
Il s’agit notamment des entreprises ci-après, transformées en sociétés commerciales mais avec pour actionnaire unique, l’Etat Congolais : la SNEL, la REGIDESO, la SCPT, la RVA, la GECAMINES, la SNCC et la SCTP dont les comptes d’exploitation montrent le niveau de leur décapitalisation progressive et continue.

En effet, quand on analyse leurs comptes d’exploitation, on constate que :

a) les valeurs ajoutées de la quasi-totalité des entreprises du portefeuille sont :

  • soit négatives, cas de la SNEL en 2014 ;
  • soit deux fois inférieurs aux charges du personnel, cela signifie que lesdites entreprises s’endettent pour couvrir la moitié de leurs masses salariales.

b) pour produire 100%, elles dépensent ou engagent 200 voire 300% des charges d’exploitation, d’où elles s’immolent par un surendettement. Les gestionnaires de ces entreprises les engagent au-delà des limites de leur production, cas de la Gécamines ;

c) les fonds de roulement négatifs, les entreprises couvrent leur exploitation avec des ressources stables en 2014 et sont exposées à des cessations de paiements ;

d) les résultats d’exploitation caractérisés par des pertes continues et en expansion.

Tableau n°7 : SITUATION D’EXPLOITATION DES ENTREPRISES PUBLIQUES (en milliers de USD en 2014)

Source : Compilation Rapports annuels des entreprises publiques 2014

Tableau n°7bis : SITUATION D’EXPLOITATION DES ENTREPRISES PUBLIQUES (en milliers de USD en 2014)

Source : Compilation Rapports annuels des entreprises publiques 2014

d)  Economie publique 

L’économie publique congolaise, en plus de l’opacité historique à développer des infrastructures de base pour le pays, est elle aussi, à travers les entreprises et établissements publics, en état de faillite non déclarée. Toutes ces entreprises de l’Etat sont en effet en cessation de paiements et en dessous du seuil de fermeture.

L’économie congolaise a donc les caractéristiques suivantes :

  • une absence de modèle d’intégration nationale et sous régionale due à l’absence des infrastructures de transport reliant les provinces entre elles et le pays à ses voisins de la Sous-région principalement de l’Afrique centrale ;
  • non intégration économique et sectorielle ;
  • une inaptitude au renouvèlement de l’outil de production du fait d’un passif handicapant.

Le défi de la faible intégration de l’économie de la RDC traduit en fait le défi de son modèle économique extravertie hérité de la colonisation.

L’économie congolaise ne dispose pas d’une matrice interindustrielle susceptible de favoriser la complémentarité ainsi que les échanges entre les secteurs et branches d’activité de l’économie nationale. On peut le voir à travers la structure de sa croissance économique et celle de ses exportations.

– – Défi lié à la qualité de la croissance et à son inclusivité

Comme on le voit dans le tableau n°8 ci-après, la croissance de l’économie congolaise est tributaire du secteur minier, celui-ci dépendant plus de l’économie internationale que de l’économie nationale.

Tableau n°8 : CONTRIBUTION A LA CROISSANCE (en points de croissance)

Source : Bcc/Rapport 2014

Dans la configuration de la croissance du PIB de la RDC, pour la période 2014-2015, comme cela apparait dans le tableau n°12 ci-haut, sur un taux de croissance de 9,6%, le secteur primaire de l’économie congolaise contribue pour 4%.

Dans cette contribution du secteur primaire, la part de la branche extractive est de 3,4% sur un total de 4%, soit 85% du total du secteur, tandis que la branche agricole ne représente que 0,6%, soit 15% du total du secteur primaire.

La contribution du secteur industriel congolais dans la croissance PIB s’élève pour la période à 1,4%. Cela signifie tout simplement que la RDC n’a pas de tissu industriel et que celui-ci n’a contribué que faiblement à la croissance du PIB dans la période.

Bien que le tertiaire a contribué pour 3,8%, ce secteur reste extraverti en amont, car ses transactions portent essentiellement sur une production industrielle et agricole d’origine extérieure.

Le pays produit ce qu’il ne consomme pas et consomme ce qu’il ne produit pas.

– Défi d’intégration lié à la structure des exportations congolaises

Comme on le voit dans le tableau n°8, sur un total de 10 milliards de FC d’exportations congolaises en 2013, le secteur minier et des hydrocarbures contribuent à lui seul avec 9,800 milliards de FC, soit 97,7%.

Quant aux secteurs agricole et industriel, ils contribuent respectivement pour 1,9% et 0,4% aux recettes d’exportation réalisées par le pays en 2013.

Cela signifie que la RDC n’a ni secteur industriel, ni secteur agricole, capables de lui rapporter des ressources extérieures pour financer ses importations.
Il se pose donc un problème de la compétitivité de l’économie congolaise sur le plan international.

Tableau n°9 : STRUCTURE DES EXPORTATIONS (en millions de CDF)


Source : Bcc/Rapport 2014

Une moindre diminution des prix des matières premières dont le cuivre et le cobalt sur le marché international, constitue un choc dont l’impact est direct sur :

  • Les avoirs extérieurs du pays ;
  • Les réserves de change ;
  • Les recettes fiscales ;
  • Les valeurs interne ou externe de la monnaie nationale.

C’est cette situation du manque de diversification de la faible intégration de l’économie qui est, entre autres, à la base de la récession que connait actuellement le pays et dont nous parlerons plus loin.

Une économie de marché, sociale soit-elle, comme le dit le Professeur MABI, repose sur le principe de la concurrence effective.

Une économie exige l’existence d’un nombre suffisamment élevé d’entreprises jouissant d’une liberté d’actions.

Il s’agit de favoriser une structure compétitive du marché et décourager la naissance des monopoles. Il revient donc à l’Etat de mettre en place une législation favorisant la concurrence.

D’une manière générale, l’économie congolaise est caractérisée par des monopoles.

Pour ne citer que quelques exemples, il nous faut citer le secteur des assurances, les secteurs de l’électricité et de l’eau, de transport constituant des monopoles d’Etat dont la mauvaise qualité du produit ainsi que son coût sont loin de donner satisfaction au consommateur.

La faillite d’un Etat dans une économie, c’est son incapacité à payer ses dettes et ses obligations à court et à moyen terme.

Dettes vis-à-vis :

  • de son personnel ;
  • de ses administrations, provinces et entités décentralisées ;
  • de ses services publics : cas des entreprises publiques ;
  • des tiers : dette intérieure.

C’est aussi son incapacité à faire face à ses obligations économiques et sociales, en termes d’infrastructures économiques et sociales de base.

e) La monnaie et crédit

Tableau n°10 : Evolution du taux de change

Source : www.budget.cd et statistiques

Tableau n°11 : Dépréciation du FC


Source : www.budget.cd et statistiques

  • Le financement de l’économie : Masse monétaire en pourcentage du PIB et coût du crédit en 2016

Tableau n°12 : Masse monétaire de la RDC en % du PIB et taux d’intérêt


Sources : Banque mondiale (WDR)/FMI : IFS

La situation monétaire de la RDC est caractérisée par :

  • l’inexistence d’un marché financier et monétaire ;
  • le faible taux de bancarisation de l’économie, soit 2% et une épargne locale faible (4 milliards de $ US) ;
  • le faible niveau de dépôts ou de crédits respectivement de 4 milliards et 3 milliards de $ US ;
  • le déséquilibre géographique et sectoriel de la répartition de la masse monétaire et des crédits à l’économie. L’ensemble du crédit (soit 90%) est absorbé par la capitale Kinshasa, les provinces du Kongo-Central et du Katanga.

A cette faillite des finances publiques s’ajoute l’instabilité de la monnaie congolaise et la faiblesse de son système financier.

La RDC n’a pas une monnaie stable et convertible. Le Franc congolais, à partir de sa date d’émission en 1997, a perdu à ce jour 99,9% de sa valeur.

En effet, le citoyen congolais qui détenait en 1997 100 FC avait la contre-valeur de 100$US, aujourd’hui 100 FC équivaut à dix cents (0,10$), soit une perte de 100$US – 0,10$US (dix cents) = 99,9$, soit : 99,9/100 = 99,9%.

La monnaie congolaise est faiblement bancarisée, soit 2% de la population ont un compte bancaire.

La Banque centrale, comme autorité monétaire n’a pas de contrôle sur la masse monétaire.

La monnaie nationale ne représente que 20% de la masse monétaire qui se chiffre à 3,900 milliards $US, soit 4 milliards $US en 2014.

Les crédits à l’économie s’évaluent à 2.240 milliards $US. Rapporté au PIB, il représente 6,7% en 2014, à cause des facteurs des risques du secteur financier.

Et pourtant, l’économie congolaise avec son PIB qui s’évalue à 40 milliards $US dispose d’un fort potentiel de dépôts et de crédits bancaires qui, si son taux de mobilisation se situait au niveau de la moyenne de l’Afrique Subsaharienne, soit 35%, s’élèverait à 14 milliards $US contre 3 milliards $US aujourd’hui, soit un manque à gagner de 11 milliards $US nécessaires au financement de l’économie.

Les dépôts bancaires s’évaluent à 3.164 milliards FC dont 85% sont en monnaie étrangère.

Tableau n°13 : Masse monétaire en % du PIB et taux d’intérêt

Sources : Banque mondiale (WDR)/FMI : IFS

  • Le taux de bancarisation de la monnaie nationale

Un faible taux de bancarisation de l’économie, soit 5% et dans un environnement dépourvu du marché des capitaux.

  • La géographie de dépôts à vue et à terme

Tableau n° 14 : Dépôts à vue en millions de FC

Comme on le voit dans le tableau n°13 ci-haut l’essentiel des dépôts à vue circulant à Kinshasa est évalué à plus ou moins 70%, au Katanga 20%, dans le Kivu 6% et au Kongo central 3%.

Tout le reste du pays ne dispose que de 1% des dépôts à vue.

Tableau n°15 : Dépôts à terme en millions de FC

Source : Bcc, Rapport 2014

Concernant le dépôt à terme, Kinshasa s’accapare de 54% en 2014, suivi du Katanga 24%, du Kivu 14% et du Kongo central 5%. Le Bandundu, l’Equateur et les deux Kasaï sont des déserts monétaires en termes de crédits et dépôts.

La dollarisation de l’économie est manifeste au point que le pays connait 2 monnaies ayant de fait cours légal.

  • 85% des dépôts sont en monnaie étrangère ;
  • 95% des crédits sont octroyés en devises étrangères contre 5% en monnaie nationale.

Du fait de la dollarisation de l’économie, les banques commerciales ressentent des difficultés de liquidités et sont menacées de banqueroute et cela face à l’impuissance d’une Autorité monétaire qui ne peut les refinancer significativement avec ses faibles réserves en monnaies étrangères.

  • La décapitalisation de la Banque centrale et sa faible autonomie face au Gouvernement

La reforme relative à la recapitalisation de la BCC engagée dans la période 2006-2011, par le Gouvernement sous l’égide du FMI et la Banque mondiale, a atteint sa vitesse de croisière en 2010-2011 avec l’émission par le Gouvernement au profit de la BCC d’un titre de 1 milliard de $US qui a épongé ses pertes, amélioré ses avoirs et amorcé le processus de sa recapitalisation qui avait commencé par l’amélioration de ses fonds propres.

Malheureusement ce mouvement a été estompé au courant du quinquennat finissant.

La Banque centrale s’est replongée dans des pertes d’exploitation et s’est engagée une fois de plus dans le processus de sa décapitalisation comme on le voit dans le tableau n°14 ci-après, avec des pertes qui sont allées jusqu’à 40 milliards de FC en 2014.

L’institution se voit de plus en plus incapable d’engager de manière autonome des interventions en faveur du secteur bancaire parce que dépendant de la trésorerie du Gouvernement.

Tableau n°16 : BCC, Résultat de la période à affecter en milliards de FC

Source : Bcc/Rapport 2014, 2013, 2012, 2011, 2010

  • Le déficit du marché des capitaux en RDC

L’ensemble des institutions financières non bancaires ayant mission de donner des crédits à long terme à l’économie sont en faillite depuis de nombreuses années mais aussi en déficit d’exploitation.

Il s’agit comme on le voit dans le tableau n°7 ci-haut pour la SONAS, la SOFIDE et la CADECO.

Aussi pour l’INSS, selon le Rapport BCC 2013, sur 26 millions de la population active occupée, 352.000 seulement, soit 1,8%, sont affiliés à l’INSS et les 1.200.000 agents de l’Administration n’ont aucune couverture sociale.

e)  Défi des infrastructures 

Le pays ne dispose pas d’infrastructures de base :

– Routes :

  • Routes d’intérêt national : 20.000 km dont 2.801 km bitumées ;
  • Routes d’intérêt provincial : 20.000 km ;
  • Routes d’intérêt secondaire : 17.000 km ;
  • Routes d’intérêt local : 86.871 km ;
  • Voiries urbaines : 7.400 km.

– Routes : moins de 5%, soit 3.000 km sont modernisées et macadamisées sur un total des routes d’intérêt général, estimé à 58.000 km ;
– Le chemin de fer : 5.033 km dont 858 km électrifiés et dans un état de vétusté avancée ;
– Ponts : 1.050 ponts ;
– Centrales hydroélectriques : 2.417,34 MW installés dont 1.775 à Inga I et II sur un potentiel de 100.000 Mw ;
– Manque d’intégration géographique due à l’absence d’une trans-nationale ;
– une desserte en eau potable et en électricité respectivement de 36 % et 9 % (Inga, Zongo,…);
– un taux de modernisation des infrastructures routières représentant 5 % des routes d’intérêt général,… ;

Le besoin minimal en infrastructures économiques de base implique un coût de 40 milliards $US ventilé comme suit :

Tableau n°17 : Ventilation des besoins minima des infrastructures


Source : Nous-mêmes

f)  Défi d’exploitation du potentiel des ressources naturelles du pays

Tableau n°18 : Les potentiels en ressources naturelles et leur niveau d’exploitation

– Bien que non inclusive et robuste, le taux de croissance de l’économie congolaise approche les deux chiffres ;
– Le pays dispose des grandes potentialités au plan des ressources naturelles et humaines ;
– Un portefeuille de l’Etat considérable ;
– Une position géostratégique intéressante ;
– Un marché de 80 millions d’habitants.

I.2.  Etat des lieux du point de vue social

I.2.1.  Faiblesses, défis et opportunités

Voici la pyramide des âges en RDC

  • 0-14 ans : 41,74 %
  • 15-24 ans : 21,46 %
  • 25-54 ans : 30,53 %
  • 55-64 ans : 3,60 %
  • > 65 ans : 2,67 %

a)  Emploi, chômage et politique salariale 

Le taux de chômage en RDC selon les chiffres du Gouvernement s’élève en 2015 à 40% de la population active. Cependant, selon toujours le Gouvernement, plus de 80% des emplois sont constitués des personnes installées à leurs comptes propres (auto-emplois). D’où une jeunesse de plus en plus désœuvrée portée à la délinquance et à la violence qui émigre en masse vers des pays voisins.

La qualité de la croissance de l’économie congolaise faiblement inclusive, impulsée essentiellement par le secteur minier, secteur à capital intensif, est caractérisée par une faible capacité à créer des emplois et à réduire la pauvreté.

Le défi du chômage et de l’emploi se situe à plusieurs niveaux, entre autre celui de :

  • l’augmentation accélérée de la population en général et de la population active en particulier

La population congolaise s’élève à 80 millions d’habitant en 2015, avec un taux de croissance moyen de 3,5%, elle va doubler à l’horizon 2035, en passant de 80 millions à 160 millions en 2035.

Quant à la population active, elle va passer de 44 millions en 2015 à 88 millions sur un total de 160 millions de la population totale en 2035.
Selon les statistiques du Gouvernement, sur cette population active de 44 millions d’habitants en 2015, 60% au moins, soit 26 millions travaillent, tandis que 18 millions, soit 40% sont de sans-emplois ou de chômeurs.
Le secteur minier, branche industriel, on ne crée pas beaucoup d’emploi : capital intensif.

b)  Sécurité sociale 

L’Institut National de Sécurité Social, « INSS », unique société de sécurité sociale, relevant du reste du droit public, est en faillite et la sécurité sociale est non assurée pour toute la République.

Le total de ses affiliés s’élève à plus ou moins 300.000 membres, représentant moins de 2% des salariés du secteur privé et para-étatique.

En RDC, les personnes de troisième âge, faisant partie de la population non-active, sont toutes dépourvues de couverture sociale, soit pour n’avoir jamais eu d’emplois formels pendant leur période d’activité, soit pour n’avoir pas cotisé, du fait des faibles revenus ayant constitué leurs rétributions. Il faut rappeler qu’en RDC, le SMIG se situe autour de 60 $ US.

c)  Education 

Les statistiques de l’éducation en RDC :

  • Ecoles gardiennes  : 4.249
  • Ecoles primaires  : 48.148
  • Ecoles secondaires : 23.759
  • Ecoles supérieures : 331
  • Universités : 61

Au primaire et secondaire, avec une population à scolariser de 22 millions d’enfants (pour l’EPSP), 15 millions seulement sont scolarisés, le 7 millions autres n’ont pas accès aux études.
Avec 600.000 enseignants dont 350.000, soit 60% seulement payés par l’EPSP, le niveau de prise en charge est faible.

Le besoin d’enseignants se chiffre à 1.000.000 en 2015 et 2.000.0000 en 2035.

A l’enseignement supérieur et universitaire, la population estudiantine s’élève à 1.000.000 pour 2.000 professeurs ou personnel académique. Ce qui représente une faible capacité de prise en charge, soit 500 étudiants par professeur.

Le défi aujourd’hui est de multiplier par 5 le nombre des professeurs d’université pour améliorer le niveau d’encadrement académique et approcher la norme.

L’enseignement primaire, secondaire et universitaire où les infrastructures héritées de l’époque coloniale sont à l’abandon le niveau ne fait que baisser au point où aucune université congolaise n’est classée dans les 150 meilleures universités d’Afrique.

d)  Santé publique 

Les statistiques de la santé de la RDC :

  • Mortalité : 9,6 morts/10.000
  • Taux de mortalité infantile : 68,2/1.000
  • Espérance de vie : 57,7 ans
  • Accès aux soins de santé : 28,7 %
  • Enfants de moins de 5 ans en sous poids, malnutrition : 23,4% ;
    Hôpitaux territoires : 3 ;
  • Hôpitaux provinciaux à 150 lits : 6 ;
  • Hôpitaux généraux de référence à 100 lits : 390
  • Centres de santé en matériaux durables : 1.006
  • Capacité de lit : 0,8/1.000 lits ;
  • Vétusté des équipements et matériels ;
  • Non-approvisionnement en médicaments ;
  • Personnel pro-santé et de santé sous payé.

Sur le plan social, les secteurs de la Santé publique et de l’assainissement sont à l’abandon. Les rares hôpitaux centraux laissés par le Congo belge sont en état de délabrement avancé.

Le seul hôpital de Panzi qui fait la fierté du pays avec son Directeur qui vient d’être lauréat du prix Nobel de la paix croule sous le poids des impôts que lui réclame l’Etat congolais sans pitié ni humanité pour ces femmes chaque jour violées et violentées que cet hôpital soigne. Les rares latrines hygiéniques du milieu rural qui compte environ 70 % de la population sont construites, pince sans rire, par UNICEF devant un Etat indifférent qui n’y songe même pas.

Aucun bassin d’épuration n’existe au pays pour traiter les eaux usées industrielles, agricoles et domestiques déversées dans la nature comme tel ; d’où les maladies hydriques (choléra, dysenterie, etc.) et autres toxiques (consommation des métaux lords cancérigènes dans les zones industrielles du pays) qui déciment annuellement des dizaines de milliers de morts au pays.

e)  Logement 

Les villes congolaises n’ont pas de plan d’urbanisation, la plus part étant des agglomérations ruralisées et ne disposant pas d’habitation digne de ce nom.

Les logements sociaux sont inexistants  en RDC et le pays n’a pas de politique de crédit à ce propos.

f)  Desserte en eau potable 

La moyenne nationale du taux de desserte en eau potable est de 36%. La seule société de distribution d’eau est en faillite.

g)  Desserte en électricité

La moyenne nationale du taux de desserte en électricité s’élève à 9%. La plus grande société d’électricité de la RDC, SNEL, dispose de production de 2.400 Mw ; mais elle ne produit que 300 Mw, sur les 14 groupes dont elle dispose à la Centrale d’INGA, deux seulement fonctionnent. Puissance installée : 2.417,3 Mw dont 1.775 MW à Inga.

Le transport en commun dans nos grandes villes où se concurrence taxis et motocyclettes devant des foules angoissées est un véritable cauchemar.

Le sport qui faisait la fierté du pays en football comme en basket est aujourd’hui méconnaissable. La seule équipe du pays qui gagne encore des coupes en Afrique est persécutée par le pouvoir au point de l’empêcher de rentrer au pays pendant le jour lorsqu’elle gagne une coupe d’Afrique.

h)  Genre

L’égalité des chances entre hommes et femmes est encore un slogan creux. Les dispositions constitutionnelles et législatives qui garantissent l’accès des femmes aux institutions de la République ne sont nullement appliquées.

I.3.  Etat des lieux du point de vue politique

I.3.1.  Faiblesses, défis et opportunités des institutions politiques et de l’administration congolaise

a)  Régime politique 

  • Un exécutif (Président de la République et Premier Ministre) et un parlement bicéphale ;
  • Un régime politique bicéphale avec circuit de décisions assez long pour un pays à construire ;
  • Des coalitions politiques hétéroclites sans cohésion idéologique et une crise interne animée par 800 partis politiques sans ancrage dans le peuple,…

b)  Partis politiques 

  • Partis politiques faibles ;
  • Vision idéologique préoccupée par le souci d’accession au pouvoir plutôt que par des convictions politiques,…

Création de partis politiques fantômes qui apparaissent seulement le jour de vote et disparaissent tout de suite après (cas du PPPD et autres).

Au même moment, le financement des vrais partis politiques qui contribuent à la formation de la conscience nationale n’est pas assuré et on fabrique des élus par l’organisation répétitive des parodies d’élections qui produisent des gouvernements sans visions où les médiocres sont occupés à se remplir les poches au détriment du peuple affamé.

Un parlement sourd aux cris de détresse des électeurs et où les parlementaires issus des votes truqués n’exercent, sur l’exécutif, aucun contrôle assorti de sanctions. Une justice aux ordres du pouvoir et qui a perdu la confiance du justiciable.

c)  Décentralisation 

– Les provinces et les ETD sont plus de simples subdivisions administratives que des institutions ayant des compétences politiques et des objectifs socio-économiques ;
– Le non transfert des ressources et des pouvoirs politiques par le Gouvernement central ;
– Les assemblées provinciales sont régulièrement fermées par le Ministre de l’Intérieur sans aucune base légale.

Sur le plan de l’administration du territoire national, l’absence de l’Etat se voit mieux à travers l’administration du territoire incapable de remplir une des moindres fonctions lui reconnue ; à savoir, le recensement de la population nationale.

En effet, depuis plus de vingt ans, l’administration du pays n’a pas réussi à fournir à ses citoyens des cartes d’identités.

La RDC est l’unique pays où les cartes d’électeurs, les passeports, les permis de conduire, les certificats de baptême, les cartes de service et d’élèves ou mêmes les numéros de téléphones servent d’identifiants des citoyens.

Serait-ce pour faciliter l’infiltration des étrangers qui finiront un jour par demander l’autonomie des territoires qu’ils occupent aujourd’hui en massacrant les populations autochtones ?

d)  Fonction publique

Les agents de la Fonction publique sont délibérément mal payés pour qu’ils ne fassent pas comme il faut leur travail d’administration du territoire. Il ne leur reste plus que les larmes qu’ils versent au quotidien sur la place Golgotha.

e)  Justice

Une justice sans indépendance vis-à-vis de l’Exécutif, faible en effectif et dépourvue des ressources budgétaires nécessaires à son indépendance et à son action, etc.

Une justice qui ne rassure pas et qui n’est pas au service du droit. Une administration de la justice qui n’est pas adaptée à la décentralisation. Les nouvelles provinces sont dépourvues des cours d’appel.
Une insuffisance des magistrats. Constatant ce fait, nous avons, au cours du quinquennat 2006-2011, triplé le nombre de magistrats, le faisant passer de 1000 à 3000. Malheureusement, ils restent tous à Kinshasa ; alors que le reste du pays où se vivent près de 90% de la population, les cours et tribunaux sont vides, faute des magistrats. Le pouvoir de Kinshasa ne se doute pas que son apathie est à la base de la criminalité croissante au pays due au fait de l’absence des cours et tribunaux, poussant les individus en conflit à se régler les comptes à leur manière. Le peu des magistrats est en plus non motivés : la promesse de faire passer les salaires de mille à trois mille dollars non réalisée.

Les libertés fondamentales ne sont pas respectées, les cachots des services de sécurité sont remplis d’innocents qui disparaissent chaque jour pour un oui ou un non.

f)  Diplomatie 

Diplomatie de parrainage pour un Etat faible, du point de vue économique et sécuritaire, etc.

Une diplomatie apathique avec des diplomates, impayés, affamés, surendettés, délogés et humiliés.

Absence d’une politique extérieure bien définie.

g)  Défense et sécurité

Une armée en construction, faiblement équipée et entrainée du fait de longs cycles des guerres issues de la fusion de plusieurs anciens groupes armés, etc.

La défense nationale avec des militaires mal payés poussés à rançonner et à terroriser les civiles qu’ils devraient au contraire protéger et à brader les armes de guerre destinées à défendre le territoire national mainte fois agressé.
Le problème de la gouvernance politique peut se résumer en quelques points  et cadre avec l’économie sociale de marché suivants :

– la non séparation du pouvoir ;
– l’inexistence de vrais partis politiques ayant un réel ancrage sociologique national et une vision à court et long terme pour le pays ;
– le faible leadership des partis politiques sur leurs cadres désignés au sein des institutions ;
– la pauvreté des partis politiques ;
– l’inexistence des corps sociaux viables (syndicats, églises, organisations patronales, presse,…)

I.4.  Etat des lieux du point de vue culturel

I.4.1.  Faiblesses, défis et opportunités du pays

a)  Identité culturelle

Le processus d’édification de la Nation congolaise ne repose pas sur un souci :

d’intégration culturelle nationale, grâce à des échanges culturels entre les communautés nationales ;
de recherche et de construction d’une identité nationale fondée sur les valeurs ancestrales comme apport à la civilisation universelle ;

b)  Diversités culturelles

La diversité culturelle se fonde sur la promotion de la culture et des arts en allant à l’International en persévérant notre authenticité, nos valeurs et notre originalité ;…

I.5.  Etat des lieux des NTIC

Le fait que la RDC ait été le seul pays africain côtier sur 14 visés à avoir raté la connexion à la fibre optique en 2012 prédisait déjà son mauvais fonctionnement que l’on observe aujourd’hui dans notre pays.

Cinq ans après l’inauguration de la station d’atterrage de la fibre optique à Moanda le reste du pays attend toujours sa connexion.

Cependant dans les pays limitrophes même les écoles sont déjà branchées à cette autoroute de l’information.

Ce disfonctionnement de la fibre optique se traduit surtout par des prix d’abonnement exorbitants loin de la portée des fonctionnaires, des chercheurs, des étudiants et mêmes de leurs professeurs et aussi par des coupures intempestives de services.

Tout cela ne permet pas au pays de tirer profit de la fibre pour entrer dans la modernité des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) qui révolutionne dans le monde et en Afrique la productivité et la rentabilité de toutes les activités économique et sociales.

Fait à Kinshasa, le 08 octobre 2018

Adolphe MUZITO

LA SUITE DE LA DIFFUSION

La deuxième partie concerne les perspectives d’avenir de l’économie congolaise

La troisième partie concerne le plan de construction et du développement de la RDC

La quatrième partie porte sur le paquet des mesures de réformes du plan.

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