Economie

A cœur ouvert avec le Directeur Général de la SNEL : Jean-Bosco Kayombo : « la politique actuelle d’électrification est en rupture avec la politique coloniale »

Il est 14 heures passé quand le Directeur Général de la société nationale d’électricité Snel nous accorde un entretien après plusieurs tentatives resté infructueuses, depuis des mois. Mais cela avait une raison qui participe même à la personnalité de ce haut cadre du pays, mandataire public dans une des entreprises stratégiques du pays, entreprise sur laquelle chacun a une opinion et très peu une vraie information. La Snel est au cœur de notre citoyenneté, elle est par son produit l’un des indicateurs majeurs de notre participation à la vie moderne. Quoi de plus normal que les paroles de celui qui mène au quotidien la politique de cette entreprise soient rares car c’est du côté de la desserte qu’il est attendu et non du côté de la rhétorique. Nous comprenons le temps de maturation pris par notre demande. Cette demande correspondait sans doute au temps de réalisation du plan de redressement de cette méga entreprise qui peine à donner une production correspondante à la demande croissante.

Pour comprendre la situation actuelle, le Directeur Général de la Snel, technicien des profondeurs, nous replace dans l’histoire du pays et énonce une vérité essentielle, sans doute explicative des plusieurs situations vécues par les populations. Il n’y a jamais eu du temps de la colonisation une politique assumée d’électrification de tout le pays, le courant électrique fut recherché et introduit pour répondre aux besoins de fonctionnement des industries, elles-mêmes obéissant aux impératifs d’une économie extravertie. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre, a dit Jean Bosco Kayombo, que pour les besoins de l’Union minière du Haut-Katanga, on a construit certains barrages comme Nzilo, Mwandingusha, Nkoni, Nseke dans le Lualaba car il fallait fournir à la production minière l’énergie nécessaire. S’agissant de la production de l’étain, le barrage de Yanamwanga fut construit à Manono, celui de Tshala et Lubilanji au Kasaï pour le compte de la production du diamant. Au Kivu la production minière a donné le prétexte de la construction du barrage de la Ruzizi et celui-ci fut versé plus tard aux besoins de la CPGL.
Cette politique de donner l’énergie d’abord aux industriels va continuer aussi dans la deuxième République avec la construction de Inga I pour alimenter la sidérurgie de Maluku et Inga II pour donner du courant à Kolwezi dans le vaste projet de P2, projet de raffinage du cuivre sur le territoire national. Il a fallu étendre la ligne Inga jusqu’ au Lualaba en traversant des régions entières non électrifiées. La politique d’alors devant se construire sur ce postulat.

Quoi de plus normal qu’avec la chute de la production minière plusieurs de ces barrages furent abandonnés et leur fonctionnement complètement compromis du fait de cette contradiction alors que les populations et les besoins de développement endogène exigeaient une production maximale. Il a fallu attendre l’arrivée des nouvelles autorités pour voir un changement radical s’opérer dans cette politique et une décision de renverser la tendance baissière. Pour le Directeur Général de la Snel, l’arrivée du Président Joseph Kabila a permis pour la première fois une mise en place d’une vraie politique d’électrification du pays qui transcende le paradigme colonial du courant pour les mines seulement. Les autorités, affirme Jean Bosco Kayombo, ont décidé d’une politique s’articulant autour des étapes essentielles dont la première fut la campagne de récupération de l’existant avec des plans de réhabilitation qui sont jusqu’à ce jour opérationnels. C’est grâce à cette première phase que des travaux ont été entrepris à Inga qui était à 30% de ses capacités et qui aujourd’hui est à 80%. Les barrages de Nseke, de Mwadingusha, de Nzilo ont connu ou sont en voie de réhabilitation. La liaison Inga Kolwezi fut renforcée.

La deuxième phase de ce vaste programme, a renchéri le numéro un de la Snel, fut la construction des nouvelles centrales avec l’objectif de fournir de l’électricité directement à la population et de donner au développement de la Pme une chance de croissance. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la construction de Nzongo dont les travaux sont déjà finis et la centrale inaugurée avec une capacité de 150 MW pour alimenter les Kongo Central et Kinshasa. Plus loin de la capitale, d’autres centrales sont en érection comme celle de Kakobola avec 10 MW pour toucher des villes comme Idiofa, Bandundu ville, Ngungu et Kikwit. Au Kasaï voisin c’est la construction en cours du barrage de Katende dont les travaux sont à 40 % qui va connecter des villes de ce coin. Dans le Lualaba on peut citer la centrale de Busanga et celle sur la Luapula qui donnera entre 600 et 900 Mw sans oublier Nzilo II qui est un projet des privés qui vont produire autour de 100 MW. Selon le Directeur Général, Il faut reconnaitre que ces projets demandent du temps et des moyens colossaux, mais ils sont structurants dans toute économie émergente. La troisième phase, nous renseigne-t-il, fut la libéralisation du secteur qui permet au partenariat public privé de se déployer et voire aux investissements privés de se lancer dans ce secteur clé de l’économie.

Mais Jean Bosco Kayombo, tout en étant dans ces grands projets, est aussi concentré sur l’amélioration de la fourniture au quotidien de l’énergie et sur ce plan, il reconnait avoir hérité d’un réseau dans un état vétusté : « ce réseau fortement détérioré car manœuvré souvent par des mains inexpertes des journaliers sans respect des règles de l’art. » C’est pour cela continue-t-il, il nous fallut agir avec rationalité en posant des actes ayant pour finalité l’assainissement du réseau et sa protection. : « Nous avons placé des nouvelles cabines, nous avons commencé le système des compteurs à prépaiement en travaillant sur une mentalité de la consommation de l’énergie sans limite. » S’agissant des journaliers le responsable numéro un de la Snel déclare que cette question va être résolue par la possibilité des nouveaux recrutements et la garantie de donner aux meilleurs techniciens seuls la possibilité d’agir sur le réseau.

Ces différentes actions combinées à une gestion de proximité vont permettre selon le patron de la Snel de réduire le délestage car elles s’inscrivent dans la logique de la récupération de la puissance grâce à la réhabilitation des centrales et à la construction des nouvelles.

Il reste à souligner que beaucoup d’actions sont en cours au niveau de la Snel, mais leur succès dépend aussi du changement de comportement des usagers et des bénéficiaires qui doivent non seulement honorer à temps leur facture, mais surtout user de rationalité dans cette même consommation pour permettre une distribution équitable pour tous, a-t -il conclu cet entretien, en ayant usé des termes à portée de notre capacité de maitrise technique.

WAK

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