Economie

Avec le retrait de MUMI de la liste de producteurs : Le cobalt et l’or en hausse sur le marché international

C’est peut-être la bonne information économique de la semaine après la suspension de la production du Cobalt par le géant suisse Glencore sur son site de Mutanda Mining (MUMI), situé au Sud-est de la République Démocratique du Congo (RDC), due à la baisse du prix de vente de cobalt sur le marché international. « Le cobalt et l’or seront (de nouveau) en hausse sur le marché international au cours de la période allant du 12 au 17 août 2019 et se négocieront à 28.665,00 USD la tonne contre 28.135,80 USD, la semaine du 29 juillet au 3 août, soit une augmentation observée de 529,2 USD. Le gramme d’or se négociera à 47,24 USD au cours de la semaine sous examen contre 46,09 USD, la semaine du 29 juillet au 3 août, soit une hausse 1,15 USD », annonce la Commission nationale des mercuriales dans un communiqué parvenu, samedi 10 août dernier, à Géopolis Hebdo. Quant aux autres minerais tels que le cuivre, le tantale et le zinc, ceux-ci connaitront une baisse des prix sur le marché international pour la période sous examen et seront vendus respectivement à 5.772,00 USD contre 5.981,50 USD la tonne, soit une baisse de 209,5 USD, 238,50 USD contre 241,60 USD, le kilogramme soit une baisse de -3,1USD et 2.361,80 USD contre 2.434,00 USD la tonne, soit une baisse -72 USD. S’agissant de l’argent, il restera stable en se négociant pour la période indiquée à 0,53 USD le gramme. Malgré cette hausse annoncée, le prix de l’or bleu est toujours en chute malgré le secteur de l’électrique en plein boom. Mais pourquoi ? Les raisons. Le cobalt est l’un de ces métaux qui définissent le monde moderne. Historiquement, on l’utilisait pour colorer le verre ou la céramique. Les Egyptiens utilisaient des composés de cobalt il y a 2.600 ans dans leurs sculptures. Mais au XXe siècle, on a découvert que le cobalt possédait des qualités essentielles à nos technologies les plus avancées. Sa combinaison avec d’autres métaux permet d’obtenir des alliages extrêmement résistants, stables aux températures extrêmes et anticorrosifs. On peut le trouver donc dans les moteurs d’avions, les fusées, les centrales nucléaires, les turbines, les outils de coupe et même les articulations artificielles de la hanche. Ce seul fait l’a rendu précieux, mais ce qui l’a rendu particulièrement précieux pour les investisseurs et les spéculateurs, c’est son rôle dans les cathodes des piles rechargeables. Il n’est pas surprenant que les investisseurs aient appelé le métal “or bleu”. A partir de 2008, la popularité croissante du Smartphone a fait grimper la demande de batteries capables de se recharger à un rythme toujours plus rapide. Puis, il y a quatre ans, la voiture électrique (EV) a saisi l’imagination des négociants en cobalt. De 2016 à 2018, le prix du cobalt a grimpé en flèche, passant d’environ 26.000 $ la tonne à plus de 90.000 USD. Plus de 50 % de la demande totale de cobalt est actuellement destinée à l’utilisation de piles, tandis que l’UE et les États-Unis classent le cobalt comme matière première stratégique. Subitement, l’année dernière, le prix du cobalt s’est effondré ! La semaine passée, le mineur suisse Glencore a fermé la mine de cobalt de Mutanda Mining (MUMI), la plus grande du monde, située en RDC, déclarant qu’elle n’était “plus économiquement viable”. Sur ce, qu’est-ce qui a mal tourné avec le boom du cobalt ? Parmi les causes, nous pouvons citer : (1) la hâte et la thésaurisation, (2) la hausse de la redevance minière et, (3) le coût de production en vies humaines.

En résumé, le marché s’est surpassé. L’âge du véhicule électrique est sur le point de se lever – mais pas encore tout à fait. Comme l’a dit une source de l’industrie : “Tout le monde en parle, mais qui fabrique exactement des véhicules électriques à grande échelle ? Tesla ? Qui d’autre ? Et combien de points de recharge voyez-vous ?”

Un autre facteur était que plusieurs transformateurs – surtout en Chine et en Afrique – thésaurisaient le cobalt dans l’espoir de faire des profits à mesure que le prix augmentait.
Ils ont commencé à libérer ces actions-juste au moment où les investisseurs ont réalisé que la demande de VE n’était pas encore aussi massive que les gens l’avaient espéré.
Mais la plupart des analystes qui suivent le marché du cobalt disent que les fondamentaux n’ont pas disparu. Au cœur de cet argument se trouve la nature précaire de l’approvisionnement en cobalt. C’est un élément qui ne se trouve nulle part ailleurs sur terre sous une forme “libre”, mais qui doit être pris chimiquement à partir du cuivre ou du nickel en utilisant des acides et de la chaleur. Plus de 60% de l’approvisionnement mondial provient de la RDC, qui est communément décrite comme étant au cobalt ce que l’Arabie Saoudite est au pétrole. Et comme l’explique George Heppel, responsable de l’analyse du cobalt et du lithium à CRU International, la RDC n’est pas un endroit facile où faire des affaires.
Malgré les élections démocratiques de décembre dernier – les premières depuis l’indépendance en 1960 – la politique et le climat sécuritaire sont imprévisibles en RDC.

“Le code minier du pays avait promis un autre gel de 10 ans sur le montant des redevances que les sociétés minières devaient payer au gouvernement” rappelle George Heppel.
Puis, soudainement, il a fait passer cette redevance de 2,5 % à 10 %. C’est une énorme hausse.

Plus tôt cette année, Verisc Maplecroft, l’influent consultant mondial en matière de risques, a classé la RDC en tête de sa liste des pays les plus susceptibles de nationaliser leurs industries de base, au même titre que le Venezuela.

“Cela, vous donne une idée du risque qu’il y a à investir dans le pays” fait remarquer M. Heppel. Et puis il y a la corruption ! Glencore fait elle-même l’objet d’enquêtes menées par la Commodity Futures Trading Commission des États-Unis et le ministère américain de la Justice relativement à ses activités dans certains pays dont la RDC.

Cependant, maintenant que Glencore ferme MUMI, quelque 25.000 tonnes de cobalt seront retirées de l’offre mondiale. Cela devrait commencer à stabiliser les prix. M. Heppel estime qu’il faudra attendre la fin de l’année avant que l’effet ne se fasse sentir sur le marché. Et comme les prix commencent à grimper, les mineurs artisanaux feront leur retour en force. Mais le temps est venu, selon CRU International, d’acheter du cobalt à grande échelle : ” Quand nous regardons le marché des VE au cours des 10 prochaines années, nous voyons la forte augmentation à venir en 2020 jusqu’en 2021″.

“Ce sera le moment critique pour la demande mondiale de cobalt, car les grands constructeurs automobiles, BMW, Volkswagen, Ford et Daimler sont prêts à augmenter leur production” indique George Heppel qui estime que la demande de cobalt pour les batteries d’automobiles augmentera de 24 % à 35 % par année entre 2020 et 2023.

Même si Glencore remet Mutanda en service (la fermeture est pour “l’entretien et la maintenance”), et que les mineurs artisanaux produisent jusqu’à 40.000 tonnes par an, M. Heppel estime que ce ne sera pas suffisant pour satisfaire la demande : “Il faut de nouvelles réserves de cobalt. On a beaucoup parlé de la technologie des batteries de la prochaine génération, mais il n’y a toujours rien qui rivalise avec la batterie nickel-cobalt”.

“Il y en a qui, en théorie, dans des conditions de laboratoire, sont moins chères et plus efficaces, mais jusqu’à présent, aucune ne s’est avérée commercialement viable” conclu M. Heppel.

Dieudonné Buanali

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Site développé & hebergé par Justin Tshims

CONTACTEZ-NOUS !

Editeur-Responsable : William Albert Kalengay
Bureau : Avenue Syndicat, n° 315, Kinshasa-Gombe, RDC
Tél. : +243998110441
E-mail : geopolismag@yahoo.fr

Copyright © 2016 Geopolis Magazine

To Top