Santé

Ebola en RDC : Le jeu politique autour de l’épidémie

L’épidémie d’Ebola a été déclarée une urgence sanitaire mondiale par l’organisation mondiale de la santé. L’OMS a accordé dans la foulée une enveloppe de 300 millions de dollars pour aider à intensifier la campagne d’éradication au virus. Mais sur le terrain, la riposte se heurte à la réticence des communautés locales, lesquelles donnent du fil à retordre aux équipes de lutte contre cette maladie. Devant la persistance du virus, et devant le nombre effroyable des morts, le président de la république a mis en place une structure technique pour piloter la riposte. Cette décision a été suivie de la démission du ministre de la Santé. Il faut dire que cette maladie sévit dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri depuis 11 mois et a déjà fait un peu plus de 1700 morts. En attendant de savoir comment en est-on arrivé là, le comptage lugubre, lui ne s’arrête pas. Depuis le mois d’aout de l’année passée, mois du déclenchement du virus, le débat sur cette maladie avait changé de terrain.

D’une épidémie dangereuse, Ebola était devenu l’objet d’un jeu politique : lorsqu’éclate l’épidémie, on est en plein processus électoral. Et à mesure que les élections approchaient, la rumeur sur la non-participation de Beni et Butembo se confirmait. Finalement la rumeur était devenue une mesure officielle le 26 décembre, soit 4 jours avant les élections présidentielle et législatives. Beni et Butembo allaient voter trois mois après les autres villes ou provinces du pays. Mais cette précaution a été exploitée au bénéfice d’une rhétorique et un jeu politique. Plusieurs acteurs locaux ont fait croire qu’Ebola n’était qu’un prétexte pour écarter ces deux villes des élections. Beni et Butembo étant déjà confrontées à une profonde insécurité qui dure depuis 2014, avec un sentiment d’être des laissés-pour-compte de la république, l’argument politique a trouvé échos et a fait effet. Il n’était donc plus questions de prendre en compte les considérations sanitaires. Devant des équipes de l’organisation mondiales de la sante qui semble-t-il affichent et multiplient des signes ostentatoires de ce qu’elles gagnent autour d’Ebola, ces équipes devenaient une cible facile. Au mois d’avril dernier, un médecin camerounais a été tué au Nord-Kivu alors qu’il participait à la riposte d’Ebola. Plusieurs centres et plein d’autres matériels de santé ont été à plusieurs reprises incendiés et détruits. On se rappelle aussi que pour quitter la plateforme Lamuka, Mbussa Nyamwisi avait évoqué le virus Ebola. Cet ancien ministre disait dans sa lettre pour prendre congé de cette coalition politique, vouloir aider le chef de l’Etat à éradiquer le virus. Mais pour l’instant l’épidémie résiste encore.

Alors qu’ils ont été à la base de la propagation des fausses informations, on remarque qu’aujourd’hui, 11 mois après le déclenchement de cette maladie, certains leaders des villes, territoires et provinces meurtris n’ont plus un moyen efficace pour arrêter le mal. Les élections qu’ils prenaient pour prétexte afin de dénoncer un quelconque complot ont déjà été organisées. Mais le virus de la mauvaise information, lui n’en finit pas d’exposer les populations de l’Est de la RDC a l’épidémie d’Ebola.

L’organisation mondiale de la sante qui se bat de manière thérapeutique sur le terrain s’est rendue à l’évidence : en plus des vaccins, il faut aussi une bonne information qui doit venir des partis politiques. L’OMS a appelé tous les partis politiques congolais à se joindre à la lutte contre l’épidémie. Selon Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de cette organisation, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo ne prendra fin qu’avec la coopération entre partis politiques et l’implication des communautés. « Un leadership politique biparti en RDC est le seul moyen pour les communautés de comprendre la menace d’Ebola et de s’impliquer pour mettre fin à l’épidémie ». En même temps qu’il faut l’implication des personnalités et acteurs influents dans les communautés touchées pour expliquer le danger du virus et du risque de propagation à très grande échelle, il convient aussi de dépolitiser cette maladie qui de plus en plus risque de jeter la République démocratique du Congo dans un isolement sans précédent.

Patrick Ilunga

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