Santé

Eradication de la maladie à virus Ebola en RDC : Pierre Kangudia optimiste

«Nous devons rester vigilants, redoubler d’efforts et de surveillance au niveau des points d’entrée et au niveau de points de contrôle sanitaire »

Le Ministre d’Etat en charge du Budget et ministre intérimaire de la Santé publique en République Démocratique du Congo, Pierre Kangudia Mbayi, revient d’une importante mission de service à Goma dans la province du Nord-Kivu, mission qui l’a conduit également à Gisenyi au Rwanda. Ce court périple s’inscrivait dans le cadre de la supervision des activités de la riposte contre la maladie à virus Ebola dans cette partie du pays. Dans une interview exclusive accordée à Géopolis Hebdo, à titre de restitution, Pierre Kangudia Mbayi s’est montré optimiste quant à l’éradication de cette maladie, au regard de dispositif de la riposte mis en place. Il souligne tout de même la nécessité de mobiliser les moyens conséquents pour arriver à faire face à toutes les contraintes constatées sur terrain. « J’ai été d’abord à Goma pour me rendre compte du dispositif mis en place dans la riposte contre la maladie à virus Ebola. J’ai trouvé que le dispositif est fonctionnel, il est rassurant, tout le monde est préoccupé, tout le monde est engagé, depuis le gouverneur de province jusqu’au dernier de ses administrés, c’est une bonne chose. On ne pouvait pas faire 500 mètres sans trouver un point de lavage des mains. Donc, tout cela est véritablement opérationnel, mais il nous manque des moyens. C’est ça le travail que nous sommes en train de faire pour trouver les moyens, afin qu’il n’y ait pas de relâche en ce qui concerne la surveillance de la population », a indiqué le Ministre a.i. de la Santé publique. (Interview)

Géopolis Hebdo (GH) : Monsieur le ministre d’Etat, vous venez de rentrer du Rwanda pour un travail sur la riposte contre la maladie à virus Ebola, pouvez-vous d’abord exprimer rapidement vos sentiments par rapport au danger qui pèse sur nous mais aussi ce que vous avez pu constater sur place ?

Pierre Kangudia Mbayi (PKM) : Merci beaucoup pour la question. J’ai été d’abord à Goma pour me rendre compte du dispositif mis en place dans la riposte contre la maladie à virus Ebola. J’ai trouvé que le dispositif est fonctionnel, il est rassurant, tout le monde est préoccupé, tout le monde est engagé, depuis le gouverneur de province jusqu’au dernier de ses administrés, c’est une bonne chose. On ne pouvait pas faire 500 mètres sans trouver un point de lavage des mains. Au niveau du contrôle des entrées et de sorties, au niveau des bâtiments publics, et partout ailleurs, vous avez le dispositif de contrôle mis en place et opérationnel. Et ça nous a rassurés. Je suis allé à Goma, j’ai visité aussi les infrastructures d’accueil, les centres de traitement d’Ebola, il y a deux infrastructures qui sont opérationnelles sur place. C’est le Centre de traitement d’Ebola (CTE) construit par Médecins sans frontières (MSF) qui est opérationnel depuis quelques jours, mais aussi la structure qui a été ouverte au sein de l’hôpital général de référence, où l’on traite véritablement en ce moment, les deux cas confirmés. C’est très bien au niveau de la protection, le dispositif mis en place est validé par tous les spécialistes, y compris nos partenaires venus de l’extérieur pour nous épauler. Là, je peux déjà vous rassurer que les deux cas confirmés ont connu une évolution positive maintenant, et sur le plan clinique, et sur le plan biologique. Donc, ce sont des vies qu’on a sauvées. A ce jour, nous pouvons dire que le cas de Goma, généré par le cas d’importation, est en voie d’extinction. Mais nous devons rester vigilants, redoubler d’efforts et de surveillance au niveau des points d’entrée, et au niveau de points de contrôle sanitaire.

C’est ça le travail que nous sommes en train de faire pour trouver les moyens, afin qu’il n’y ait pas de relâche en ce qui concerne la surveillance de la population. Vous savez que nous sommes dans une région où il y a une forte densité de la population, une grande mobilité de cette population et aussi, il y a le contexte particulier de Beni, Butembo, où règnent les situations d’insécurité. Donc, tout cela est en train d’être prise en compte notamment par le renforcement du dispositif sécuritaire avec les Forces armées de la RDC (FARDC), la Police nationale congolaise (PNC), la Direction Générale de Migration (DGM), l’Agence Nationale des Renseignements (ANR), pour la traçabilité d’éventuels cas qui pourraient échapper au contrôle. Renforcer le dispositif médical pour atteindre tous les contacts, et les contacts des contacts. Donc, tout cela est véritablement opérationnel mais il nous manque des moyens, notamment la situation que déplorent nos partenaires de la Mission des Nations Unies pour la stabilité de la RDC (MONUSCO), par exemple, le fait qu’au point de contrôle jusque-là, on est en train de faire un travail manuel. Plusieurs feuillets qu’il faut éplucher avant de retrouver l’identité des gens alors qu’on peut faciliter la tâche par la digitalisation. Donc, nous sommes à la recherche des moyens, nous sommes dans la mobilisation des moyens pour faire face à cette digitalisation. Il faut passer aussi au contrôle de la population par l’installation des caméras thermo-capteurs au niveau de tous les grands points de sortie, notamment au niveau de la frontière avec le Rwanda. Nous aimerions avoir le même dispositif au niveau de toutes les frontières sur notre façade Est. C’est l’intérêt de la RDC et nous nous incluons en tant que gouvernement de la République, nous incluons le Soudan du Sud, l’Ouganda, le Rwanda qui nous a même approché et invité à ce que nous puissions travailler ensemble sur tout ce dispositif-là., sans oublier le Burundi et la Tanzanie et en ce moment-là, on aura couvert toute la façade Est.

Un autre dispositif, ce sont des contingences qu’il faut mettre en place au niveau de grandes villes notamment les aéroports. Quand vous avez des caméras thermo-capteurs, en ce moment-là, vous pouvez déjà, à distance, détecter des gens qui ont des problèmes de fièvre et vérifier s’il s’agit des cas suspects, et directement les prendre en charge, et si les cas suspects sont alors des cas graves, ils se transforment en cas confirmés. Et donc, vous voyez avec ça, on évite la contagion très rapidement.

Vous avez traversé la frontière pour aller au Rwanda, c’était pour quoi ?

Avec le Rwanda, nous sommes convenus de faire un plaidoyer commun dans la mobilisation des ressources au niveau international. Et là, nous avons vu le Rwanda avec une proposition concrète, avec une feuille de route qui nous a été proposée et qui a été adoptée sans amendements. Tout ce que nous devons faire maintenant, c’est l’étoffer avec tous les détails nécessaires qui chiffrent les besoins. C’est à ce stade-là que nous nous retrouvons. Pour sa part, le Rwanda nous a demandé qu’un travail soit fait de manière conjointe entre la province du Nord-Kivu et la province de l’ouest du Rwanda. Ce travail porte exactement sur le petit commerce transfrontalier. Donc, pour minimiser le trafic, les fréquences d’une province à l’autre par l’organisation de coopérative. Eux ne veulent pas les affaires ou que les commerces soient affectés par une éventuelle fermeture des frontières, car ce n’est pas normal. Nous sommes dans une zone de libre-échange à laquelle nous avons tous adhéré et l’initiative de fermer la frontière ne saurait venir du Rwanda. Ça, c’est la position du Rwanda, c’est notre position aussi, par ce que nous avons adhéré à cette zone de libre-échange, et donc le mieux à faire, c’est de diminuer le nombre de fréquences au niveau des frontières, surtout au niveau de la petite frontière parce qu’à ce niveau-là, le trafic se présente comme ceci : de Goma vers Gisenyi, vous avez quotidiennement 64.000 personnes qui traversent. C’est énorme. Du côté de Rubavu, c’est-à-dire le district frontalier de Goma, c’est 8.000 personnes qui traversent. Donc, vous voyez qu’entre les deux chiffres, il est difficile de contenir 64.000. Il faut voir comment faut-il organiser ces personnes en coopérative, pour préserver leurs intérêts, ne pas affecter le petit commerce, car les gens vivent de cela, et donc à même temps, arriver à organiser le tout pour un meilleur contrôle de ces mouvements de population. Voilà ce qui a été fait avec le Rwanda et tout le monde est d’accord.

Une dernière question sur le montant pour mobiliser, il vous faut combien dans vos estimations pour que la riposte soit totalement prise en charge et nous ayons une chance de succès. Vous avez les chiffres en tête ?

Non, à ce stade, je vous mentirai pour dire que j’ai un chiffre, parce qu’il y a plusieurs volets dans ce plaidoyer. Il y a, par exemple, la prise en charge des soins de santé, la gratuité des soins de santé que nous devons administrer à la population vivant dans les zones affectées par Ebola, parce que qu’est-ce qui arrive ? Les gens voient que ceux qui sont frappés par Ebola sont totalement pris en charge gratuitement et tout ça maintenant, il y a quand même beaucoup de cas des personnes qui sont guéries, mais celui qui a la malaria à côté, s’il n’a pas d’argent, il en meurt. Alors les gens ne comprennent pas ce genre de traitement. Pour aider la population à s’approprier la riposte contre la maladie à virus Ebola, nous avons pensé que nous devons renforcer le dispositif d’appropriation de ce combat par la mise en place des soins gratuits au profit de toute la population qui est dans le besoin.

Propos recueillis par WAK et Texte transcrit par Théodore Ngandu

 

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