Politique

LA NECESSITE D’UNE CONTREINSURGENCE MIXTE (Version reformulée d’une analyse sécuritaire parue le 08 Octobre 2018 dans plusieurs journaux de Kinshasa)

La RDC célèbre la passation normative du pouvoir au sommet de l’Etat et la naissance de la Démocratie libérale germinative dans notre pays. Cependant, comme le notait l’illustre politiste Américain le Dr. Samuel Huntington, en dépit de la réussite de la démocratisation, les Etats sortant de la transition avec un arrière-plan de longues guerres continuent à être mis en péril par la déficience sécuritaire liée à la problématique des insurrections résiduelles. Si les nouveaux gouvernants ne parviennent pas à déployer un certain génie en leadership d’Etat pour apporter des éléments de réponse efficiente à court terme, cela peut entrainer une érosion de la légitimité d’essence électorale. En RDC, cette problématique est principalement celle de la «boko-haramisation » des terroristes ougandais de l’ADF/NALU dans le territoire de Beni. Cette équation sécuritaire est davantage complexifiée par les difficultés énormes auxquelles notre armée, les FARDC, fait face pour arriver à mettre définitivement cette horde criminelle hors d’état de nuire. Dans cette optique, la problématique du déploiement efficace et efficient des FARDC est réintégrée dans le paradigme de la SECURITE NATIONALE HOLISTIQUE comme une dimension du génie constructif de l’Etat. C’est sous cette lumière que cette réflexion analytique et prescriptive propose une réinterprétation de l’équation sécuritaire des Ougandais du l’ADF/NALU et leur incrustation dans le territoire de Beni.

La démarche éclaire la possibilité de leur éradication définitive par l’approche tactique d’une contreinsurgence mixte. A cet effet, trois axes sont explorés. Le premier se penche sur la révision de l’hypothèse stratégique qui actionne les opérations des FARDC sur terrain. Le deuxième segment éclaire la dimension socioéconomique de la sécurité nationale. Il démontre la vulnérabilité économique de la RDC dans la région des grands lacs et explique comment cette faiblesse complexifie la tache de notre armée. Le troisième point, qui est conclusif, propose le lancement d’une campagne militaire intensive et dense de 15 jours en mode «clear-hold-build». Cette campagne mérite d’être accompagnée par une action de reconstruction socioéconomique consolidant la légitimité de l’Etat Congolais dans le territoire de Beni. Je crois dans la capacité des FARDC d’éliminer cette horde ougandaise meurtrière de l’ADF/NALU. Cette réflexion est arrimée à ma thèse fondamentale du remodelage des FARDC en alignement sur l’objectif du Congo Emergent et sur notre destinée de puissance sur le continent.

1. LA REVISION DE L’HYPOTHESE STRATEGIQUE DES FARDC A BENI ET LA CONTRE INSURGENCE CLEAR-HOLD-BUILD

L’hypothèse stratégique des FARDC devraient être maximale en conceptualisant les ADF/NALU comme des insurgés-terroristes étrangers non pas invasifs, mais d’occupation.

Cette conceptualisation sécuritaire est élaborée dans Tactics in Counterinsurgency (Headquarters Department of the Army, Washington, DC, 2009). Il y est noté que ce genre de groupe armé entend «établir un système alternatif de contrôle sur la population, rendant impossible l’administration du territoire et des populations par l’Etat.

Leur activité est conçue pour affaiblir la légitimité du gouvernement et son contrôle, tout en optimisant la domination et l’influence des insurgés». A partir de cette hypothèse maximale, la tactique militaire devra automatiquement être convertie en mode de contreinsurgence par engagement militaire en nettoyage-contrôle-construction (Clear-hold-build).

Il s’agit d’un déploiement militaire intensif et dense de reconquête immédiate et totale de chaque mètre carré, chaque village occupé en 15 jours. Cela par le déploiement d’une foudroyante puissance de feu jamais vécue par ces terroristes Ougandais.

Imaginez un groupe armé des Congolais qui occuperaient une portion du versant Ougandais du Ruwenzori : l’armée Ougandaise déploierait tout son arsenal pour les écraser en deux jours ! Pourquoi chez nous on considère les ADF/NALU comme une milice locale contre laquelle on lance des opérations intermittentes.

Depuis des années les FARDC sont déployées dans une «tactique en attaque et repli». Cela laisse à ces odieux criminels le terrain libre pour se réorganiser.

Le fait que les ADF/NALU attaquent, se retirent des aires d’assaut et se réorganisent pour revenir encore massacrer nos militaires et les civiles (narguant ainsi toute une nation) indique clairement que la stratégie mise en œuvre jusque-là pose problème. Les FARDC devraient être intensément proactives-offensives avec une forte densité sur chaque portion du territoire occupé, afin de récupérer chaque centimètre carré. Les FARDC y resteront jusqu’à l’écrasement total ou le retour définitif des ADF/NALU en Ouganda.

2. LA DEFICIENCE DEVELOPPEMENTALE DE L’ETAT AMPLIFIE LA VULNERABILITE SECURITAIRE DE LA RDC

Dans le prisme holistique de la SECURITE NATIONALE HOLISTIQUE de l’Etat moderne, Harry R.Yarger souligne que «la stratégie est à la fois un art et une science de la conception et de l’utilisation des pouvoirs politique, économique, socio-psychologique, et militaire en conformité avec les orientations de la politique publique en la matière afin de produire les résultats protégeant les intérêts de l’Etat dans un environnement stratégique donné (The Strategic Appraisal : The Key to Effective Strategy). Malheureusement, les politiciens Congolais, de manière générale, ont une conception mono-instrumentale de la Sécurité Nationale/Internationale. Celle-ci est adossée à la seule catégorie coercitive FARDC-PNC-ANR. Elles pèchent ainsi par ce que Hans Morgenteau qualifie de «fallacieux facteur unique». Conséquemment, on fait porter sur les épaules des FARDC une charge excessive qu’elles ne devraient pas (et ne peuvent pas) porter seules.

En profondeur et en réalité, la mission des FARDC dans le territoire de Beni est rendue extrêmement difficile par la colonisation économique de la région orientale de la RDC par l’Afrique de l’Est. Certes, dans une certaine mesure les Congolais de la région Ouest vivent aussi une domination économique (une énorme faiblesse de la RDC dans le rapport de force régional) par l’Angola, par exemple.

Mais, ils ne vivent pas une sorte de colonisation socioéconomique comme c’est le cas à l’Est, à cause justement de la vacuité développementale laissée par l’Etat Congolais grabataire dans cet espace. A telle enseigne que pour beaucoup de Congolais de l’Ituri-Kivu-Tanganyika, leur vraie capitale est dans l’espace Kampala-Kigali-Nairobi-Dar-Es-Salaam.

Ces villes sont comme leurs métropoles réelles où ils s’approvisionnement en produits nécessaires à l’existence moderne. Trop excentré à l’Ouest, Kinshasa est lointaine et étrange pour beaucoup de Congolais du Nord-Est. En matière de services sociaux tels que les soins médicaux, voire l’enseignement supérieur, les destinations prestigieuses sont Kampala, Kigali, Nairobi ou Dar-Es-Salaam. Les autorités politiques, économiques, et militaires de ces pays ont compris cette vulnérabilité (sinon une vacuité) développementale de l’Etat Congolais en matière d’organisation économique et sociale de son espace Nord/Sud-Est. Ainsi, par des stratégies formelles (promotion du marché libre, traités commerciaux, arrangements douaniers) et informelles (soutien des forces obscures), elles promeuvent l’exploitation de cette vulnérabilité socioéconomique au profit de leurs Etats respectifs. La ruse y est de mise. Ainsi les FARDC se battent contre une colonisation socioéconomique régionale dont les ADF/NALU ne constituent que le bout de l’iceberg.

Clayton K.S Chun («Economy : A Key Element of National Power » in U.S.Army War College Guide to National Security Issues . Vol.I. Theory of War and Strategy, 3rd.Ed. 2008) note, à cet effet, que «les Etats autant que les acteurs non-étatiques, utilisent le pouvoir économique pour conduire des guerres et maintenir leurs influences au plan régional et global ».

Après les guerres militaires formelles, la RDC subit de plein fouet la guerre socioéconomique dont elle n’élucide ni les ruses en profondeur, ni la vraie ampleur par rapport à son existence comme Etat. Chun insiste sur le fait que «la capacité de collecter, transformer, et utiliser les ressources est une composante clé de la Sécurité Nationale….L’hégémonie n’est plus réalisée nécessairement en recourant à l’armée. Les Etats parviennent à imposeur leurs volontés et à réaliser leurs agendas politiques par la domination économique».

L’argument majeur ici est que la structuration mentale des populations du Nord/Sud-Est, le sous-développement économique, la non-prise en compte du niveau de la dévastation sociale et infrastructurelle des provinces de cet espace de la RDC en particulier, est une vulnérabilité structurelle et substantielle de la Sécurité Nationale.

Cette situation rend la tache des FARDC extrêmement difficile, car elles se battent sur un terrain miné en profondeur par son assujettissement socioéconomique à l’Afrique de l’Est. Les éléments internes et externes y trouvent un vivier aux profits mielleux. Le Président Ougandais Museveni n’avait-il pas lui-même un jour affirmé «Les guerres sont bonnes pour les affaires».

CONCLUSION :

LES FARDC ET L’URGENCE D’UNE CAMPAGNE INTENSIVE DE CONTREINSURGENCE MILITARO-SOCIOECONOMIQUE

Les deux points explorés ci-dessus permettent de comprendre l’urgente nécessité non seulement de réorienter la stratégie et le mode d’engagement militaire des FARDC, mais surtout d’intégrer l’effort de nos forces armées dans un schéma plus total de la contreinsurgence moderne. Celle-ci inclut nécessairement la dimension d’une reconstruction socioéconomique accélérée dans le territoire de Beni en particulier mais aussi sur le reste du territoire national.

A ce sujet, de Santa Cruz de Marcenado, en passant par David Galula, Robert G.K. Thompson, jusqu’aux analystes modernes des guerres insurrectionnelles, il y a concordance des vues sur l’importance de la gouvernance économique répondant aux besoins existentiels des populations comme l’ultime moyen de la contreinsurgence. Ils relèvent que la contreinsurgence la plus effective intègre et synchronise les efforts politique, sécuritaire, économique et informel permettant de renforcer la légitimité et l’efficacité gouvernementale, tout en réduisant l’influence des insurgés sur la population.

Dans cette optique, il est donc urgent que les FARDC repensent toute l’approche militaire en conjonction avec le Gouvernement central et le Gouvernement provincial pour lancer une opération militaire ultime en mode nettoyage-contrôle-construction (Clear-hold-build) afin d’écraser les ADF ou les renvoyer en Ouganda en 15 jours. Cette modalité peut se dérouler, à court et moyen terme, selon la matrice opérationnelle ci-après :
Il s’agit d’une matrice générique dont les détails et les actions parallèles ne peuvent pas être éclairés ici. C’est qui est d’une importance fondamentale c’est l’urgence d’une nouvelle conceptualisation des impératifs de la Sécurité Nationale Holistiques dans la construction de l’Etat. Nous devons faire preuve d’une remarquable sagacité géostratégique pour comprendre la profondeur et la complexité des enjeux sécuritaires régionaux, des périls, voire des opportunités en face de nous. Les FARDC peuvent anéantir les ADF/NALU est autres milices, afin de restaurer la légitimité de l’Etat et assurer une existence paisible aux populations de Beni. Le Présidente Hon. Joseph Kabila a reconstruit les fondamentaux des FARDC. Le nouveau régime devrait remodeler son approche sécuritaire en modernisant rapidement les FARDC et les autres services à la hauteur de notre destinée de puissance. Dans l’optique de la Sécurité National Holistique, cette action urgente à court terme, impose une synchronisation avec la reconstruction rapide de l’Est de la RDC. Cela procéderait par un recentrage socioéconomique endogène de ce territoire grâce à la construction très urgente des zones économiques spéciales dans cette région.

Hubert Kabasu Babu Katulondi (Libre-penseur et Ecrivain)

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