Politique

RDC 2019 : Majorité présidentielle face à la Majorité parlementaire, une équation destinée aux génies en politique congolaise

La situation politique actuelle est inédite, elle se construit autour des paradigmes nouveaux qu’aucun acteur n’a déjà vécus et qui nécessitent à la fois un bagage de génie et d’imagination pour éviter le clash. Aucune période de l’histoire du Congo ne peut nous renseigner de ce qui va se passer dans les jours et les mois qui à venir. Même s’il peut exister des similitudes entre les périodes et les acteurs  d’autres fois, il est impérieux que chaque membre, chaque élite de la communauté nationale fasse une bonne lecture de ce qui se passe actuellement pour que les attitudes et les réponses qui seront adressées aux faits inévitables soient cohérentes et fassent avancer la machine démocratique. Pour la première fois, l’Opposition a gagné l’élection présidentielle et peut se dire être arrivé au pouvoir. Mais en même temps, elle a perdu les législatives et passe ainsi par le nombre de sièges obtenus à la Minorité parlementaire. De l’autre  côté, le pouvoir incarné autrefois par la Majorité (Alliance pour la Majorité présidentielle, AMP) est passée à l’Opposition du fait de sa défaite à la présidentielle. Situation inédite entre les deux forces politiques qui sont en même temps au pouvoir et dans l’opposition. C’est d’ailleurs pourquoi une certaine analyse cherche à connaitre qui seront réellement dans l’Opposition parlementaire car, ceux qui n’ont pas accepté les résultats des urnes refusent de reconnaitre les institutions et ne peuvent jouer ce rôle qui est républicain.

Sentant ce vent venir, le Président Joseph Kabila, dans son dernier message d’au revoir à la Nation, avait souhaité qu’une ‘’Grande Coalition’’ puisse avoir lieu entre les forces dites progressistes. C’est-à-dire qu’un accord de gouvernement puisse présider aux relations entre le Front Commun pour le Congo (FCC) et la Coalition pour le Changement (CASH).

Les jours passent et le pays est repris dans son tourbillon bouffeur du temps, les tergiversations  reviennent pour lever les grandes options et le temps passe, le mandat est entamé. Il suffit qu’il s’agisse de choisir des animateurs pour que le pays soit paralysé par la guerre des ambitions personnelles. Pourquoi ? Parce que depuis la deuxième République, la prise des fonctions obéit non seulement au seul critère de compétence, critère garant de l’efficacité, mais aussi à une manœuvre géopolitique qui, elle, prend ses racines dans des lois non écrites selon lesquelles lois, chaque tribu ou chaque ethnie, voire chaque province, ou chaque partie du pays devra se retrouver dans la répartition des postes.

Ces calculs qui sont tout sauf rationnels finissant par épuiser les réserves de bonne volonté, sont adressés finalement par des décisions purement arbitraires. Ce temps précieux est pris sur les délais d’efficacité et produit une race des ayants droits qui croient que leur nomination est un droit et pas du tout une responsabilité en vue de servir avant tout les intérêts de la communauté nationale.

Aujourd’hui, nous avons deux postures inédites, deux Majorités qui doivent conjuguer leurs efforts pour donner un rythme à l’organisation et au fonctionnement des institutions. Pour que cela réussisse, il faut impérativement que les deux chefs de l’Exécutif soient humainement accordables et prennent leurs décisions dans une harmonie concertée. Sinon, nous aurons un petit remake Lumumba – Kasa-Vubu de triste mémoire.

Le seul boulevard sur lequel doit rouler la nouvelle machine politique  ne peut être de coalition afin de permettre à la République de conserver par elle une chance de survie et de succès. Les limites de deux Majorités sont les points de jonction de leur collaboration. Car, si le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo peut dissoudre l’Assemblée Nationale, il est aussi vrai que la chambre basse du Parlement congolais peut mettre en accusation le Chef de l’Etat. L’intérêt supérieur de la Nation dans un seul élan, celui de la collaboration peut sauver le pays des pièges que recèlent les légitimités locales et les pouvoirs partiellement conquis.

Il est venu le temps des génies politiques, les inventeurs des systèmes de progrès, ceux qui permettront comme en 2003 à la République Démocratique du Congo (RDC) d’expérimenter un modèle inédit au nom célèbre de 1+4.

Au plus profond de notre mémoire collective remonte finalement un appel, lancé par un visionnaire, un homme trempé de la sagesse que confère une longue observation de la réalité congolaise, c’est l’honorable Nazem Nazembe qui a demandé à la classe politique congolaise d’intégrer rapidement la démocratie consensuelle comme méthode adaptée à la vision et à la réalité du pouvoir en Afrique.

Selon cet élu du peuple, nos pays sont construits sur un consensus culturel qui rend périphérique les contradictions idéologiques, au point que les élections doivent correspondre dans la hiérarchisation des responsabilités plutôt que dans l’exclusion d’un camp au profit d’un autre. Avec des compétences définies dans la Constitution, les différentes institutions seront animées par ordre d’arrivée aux élections. Ce système, selon le sage Nazem, peut éviter à nos pays africains de sombrer dans des crises post-électorales car, la sociologie politique renseigne qu’en Afrique la légitimité se construit par niveaux et est cumulative. C’est pourquoi, il est demandé aux génies politiques de la Majorité parlementaire et ceux de la Majorité présidentielle d’inventer des passerelles qui vont consolider la démocratie congolaise dont le caractère pilote est désormais établie en  Afrique.

Adam Mwena Meji

 

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