Economie

SCPT : Les dessous des cartes d’une grève inédite

Depuis quelques jours, certains agents de la Société Commerciale des Postes et Télécommunications (SCPT) observent un mouvement de grève afin de réclamer les 3 mois d’arriérés de leur salaire. Cet arrêt de travail paralyse une bonne partie des activités au sein de cette société commerciale du domaine public. Pour comprendre les mobiles du mouvement, Géopolis Hebdo a fait la décente au siège social de l’entreprise publique situé au cœur de la capitale congolaise, Kinshasa. Surplace, la parole a été donnée à toutes les parties impliquées dans cette crise sociale afin de permettre aux lecteurs de se faire une idée de la situation. Dans les lignes qui suivent, le récit de la situation.

Sur le « boulevard du 30 Juin », la principale artère du centre d’affaires de la capitale congolaise, tout le monde ou presque a une idée de l’imposant bâtiment qui abrite le quartier général de la Société Commerciale des Postes et des Télécommunications. Ce haut lieu, longtemps à l’abandon, s’est revêtu de sa plus belle robe. Une image plus ou moins séduisante pour les passants et touristes mais aussi pour les agents et cadres de la société qui ont vu passé derrière eux, des années de la honte ou le nom de « l’OCPT » (l’ancienne appellation de la SCPT avant la réforme), se confondait avec la misère du fonctionnaire congolais.

SCPT, agents et dirigeants, une histoire salariale !

A la Société Commerciale des Postes et des Télécommunications, le travail fait toujours référence à l’absence de salaire pour le personnel de l’entreprise. Ici, les agents et cadres trouvés surplace réclament le payement de trois (3) mois de salaires à Kinshasa et 15 mois dans les 26 provinces de la RDC.

Ces revendications soutenues par une bonne partie du département de la Poste, la principale branche de la SCPT qui est à l’initiative du mouvement de grève, ne sont pas soutenues par le département de télécommunications, le véritable pourvoyeur de fonds de l’entreprise. Au sein du département de la Poste, les agents semblent convaincus de la « mauvaise foi » des autorités de la SCPT pour la liquidation de la dette sociale. Des allégations qui sont loin de faire l’unanimité au sein même de l’entreprise où les agents de deux principaux départements (Poste et Télécommunication) sont partagés dans la conduite à suivre pendant cette période de transition. Une cacophonie qui a un impact dans sur l’ampleur même du mouvement.

Tout faire selon la procédure

Du côté de l’employeur, l’on précise que le retard accumulé dans le payement des trois salaires des agents est notamment dû au changement de banque. En effet, depuis la bancarisation des salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat, la SCPT était cliente de la banque Trust Merchant Bank (TMB) mais depuis l’année dernière, l’entreprise a décidé de migrer vers le concurrent Rawbank. Ici, la hiérarchie de l’entreprise vente des avantages accordés aux agents, notamment les crédits bancaires. Mais pour ce faire, la Direction Générale de la SCPT affirme avoir pris en charge les frais d’ouverture des comptes et ceux liés à tenue desdits comptes. Une particularité pour l’équipe dirigée par Patrick Umba Banza qui voudrait par ce geste, renforcer « sa politique de l’amélioration des conditions de vie des agents », commente un agent trouvé surplace.

Alors que la procédure de migration poursuivait son cours normal, impatients, certains agents ont décidé de débrayer. Une situation incongrue pour l’employeur qui, malgré tout, s’est activé pour payer un mois sur les trois exigés.

Pour Raphaël Lokombo, Directeur chargé de la régulation, la grève est presque non fondée vu que la plupart des revendications des agents étaient pris en compte.

La SCPT, une tradition de grèves !

Depuis la transformation de cet « Office » en Société commerciale, la SCPT semble avoir rompu avec la tradition des grèves. Classée jadis comme étant l’une des entreprises les plus prospères du pays, la Poste congolaise était devenue la rusée du monde depuis l’avènement des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC).

En l’absence d’une politique révolutionnaire indispensable à l’adaptation au nouveau contexte, l’entreprise a vu sa dette sociale se multiplier par une dizaine de fois. Une situation aux conséquences inédites non seulement pour la Société mais aussi pour les agents.

Avec sa transformation, la SCPT devrait renouveler l’outil de travail, envisager des partenariats avec des tiers, le tout au prix de plusieurs millions, si pas de milliards de dollars américains.
Selon une source proche de la société, la SCPT prendrait en charge au tour de 3.000 agents dont 1.000 seulement sont effectivement au sein de la Société, 2.000 autres étant des retraités. Cet effectif pléthorique coute à l’entreprise plus de 800.000 USD en terme d’enveloppe salariale chaque fin du mois. Enorme pour une Société qui sort du gouffre.

Principal fournisseur de la plupart des opérateurs de télécommunications œuvrant dans le pays, la SCPT a su compensé la disgrâce de son activité postale (moins de 30 milles dollars/mois) par la fourniture des services notamment internet aux opérateurs de télécommunications de qui elle tire plus de 80% de ses revenus. Ce bouffé d’oxygène qui a permis à la société de solder une partie de cette dette sociale était indispensable dans la politique de rajeunissement et de modernisation de l’outil de travail d’une entreprise privée des subventions de l’Etat.

SCPT, nouveau leadership avec des nouvelles ambitions.

Depuis son avènement à la tête de l’entreprise, l’équipe dirigeante conduite par Patrick Umba n’a cessé de multiplier des initiatives pour redonner du sens à la SCPT.
Selon un cadre trouvé surplace, des initiatives encours devront permettre de booster l’émergence de l’entreprise. Parmi les projets sur la table, l’augmentation de la puissance de la connexion internet à partir de la fibre optique qui ne fournit jusqu’ici que 10% de sa capacité maximale. Le comité Umba voudrait, en outre, obtenir la mise à la retraite de plus des 2.000 pensionnés non encore alignés au sein des services de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS).

Selon certaines indiscrétions, 30 millions de dollars américains seraient nécessaires à cette opération. Dans la l’entretemps, d’autres initiatives sont dans les laboratoires pour tenter de mettre à niveau un personnel dont plus de 60% d’effectifs sont sous-formés. Autant de dossiers qui nécessitent un climat de paix et de confiance mutuelle entre les différentes parties.

José-Junior Owawa

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